En raccrochant le téléphone, quelque chose me disait que ce voyage là allait être une partie de plaisir. Peut être parce que tout à l'heure, à l'autre bout du fil lorsque j'ai demandé à Jørn, comment me rendre chez lui, il a répondu sans broncher : "Contente toi de suivre la route... Pour vous indiquer l'entrée de la maison, je hisserai le drapeau Groenlandais..."
Il fallait être vigilent, garder un oeil sur la route et l'autre sur les accotements, le drapeau pouvait surgir à n'importe quel moment !!!
"Be patience and believe!" m'avait il écrit alors que je prépérais cette expédition et que je doutais de la mener à bien.
La Suède. Des lacs, des bouleaux, des sapins. Des fermes blotties au milieu des champs sous un ciel indolent. Les maisons peintes en rouge de Falun, donne à ce pays l'air d'un éternel pionnier.
Jørn, nous attendais, au bout du chemin de terre, les pieds dans l'herbe, préparant la mise à feu cérémonieuse d'un fourneau de pipe.
Au fond des yeux, au coin des lèvres, l'ébauche d'un sourire, d'une ironie bienveillante.Nous avons discuté fort tard dans la nuit d'expédition, de Grannd Nord.D'être humain à être humain; De Jørn émane cette foce tranquille propre aux hommes qui se sont défiés eux-mêmes.Jørn est un homme en paix avec lui même et avec les autres.On ne se lasse pas 'écouter sa voix, étrangement basse, presque un murmure. La vie de cet homme là telle qu'il la raconte est déjà un roman. comme si tout ce qu'il avait vu, touché, mémorisé, se faisait littérature.
Ecoutez plutot Jørn raconter lui-même et succintement son arrivée au Groenland à l'âge de 19 ans.
"Tard dans l'automne, juste avant le départ vers l'Europe de l'expédition d'été, j'attrapais la grippe, etc'est malade comme un chien que je revins à l'île d'Ella.Lauge Koch concocta, un médicament moitié gouttes d'opium, moitié rhum, breuvage dont il me gava. Je dormis presque vingt-quatre heures et quand je me réveillai, c'était fini. A part les chiens, j'étais seul sur lîle. sur la table de la maison, un mot était fixé à l'aide du couteau de Lauge.
"Joyeux Noël, bonne chasse, bon hiver".
PS: Le couteau est à toi.
Lauge Koch
Tel était son message
Il en est des voyages, comme des vins. Au delà de l'émerveillement des yeux, des sens ou des papilles, ce qu'on goûte le plus, c'est la parole. Il suffit pour s'en convaincre de se laisser à suivre la trace des mots que Jørn sème sur notre route, des mots qui nous emmènent, loin, au coeur des gens.
Il définit ses livres comme des histoires, comme une aventure du regard, un regard libre de toutes causes. La vraie et grande découverte que nous avons fait est celle d'un homme, qui avec légèreté et grâce nous invite à entreprendre notre voyage intèrieur. Où qu'il soit, Jørn vit dans la familiarité des êtres et des choses. Car ce qui est à découvrir n'est pas au bout du monde, dans un coin inexploré de l'univers mais là, au fond de soi, dans l'émotion que suscite une rencontre inattendue.
Ecoutons le encore. "Sur le Qaqtoqaq, une montagne de l'inlandsis, je suis resté onze mois avec cinq chiens pour étudier le déplacement d'un glacier. les tois premiers mois, tout c'est bien passé. Puis ce fut l'hiver, des jours noirs comme les nuits. Peu à peu, j'ai eu l'impression d'entendre des voix, le sentiment angoissant d'être épié. Je me suis terré sous ma tente avec mes chiens. J'ai bricolé ma radio et j'ai intercepté un dentiste d'Hawaï. Je lui ai déballé mes hallucinations, sors m'a t'il ordonné, et viens me dire ce que tu as vu. J'ai couru comme un fou autour de la tente sous les aboiements de mes chiens éberlués. J'étais essoufflé mais guéri. J'ai compris que la solitude, ce n'est pas ce qu'il y a autour de soi, les immensités, le silence. La solitude, c'est quelque chose que l'on porte en soi. Il faut la dompter et l'on découvre alors la paix, la liberté."
Les livres de Jørn nous invitent dans son pays, le pays du nord perpétuel, le pays où le ciel ne s'efface pas, où la nuit ne cède pas, le pays où ce ne sont pas les hommes qui sont les maîtres, mais les loups et les ours...
Chacun s'ancre dans sa rêverie...Apothéose attendue de ce voyage et prolongement...
C'était le 23 Août 2002
"Si je ne vous connaissais pas si bien j'aurais tendance à penser que tout ceci n'est qu'un racontar"
APSUMA SUKANGA / Photo Copyright Gérard Loucel
PS: les livres de Jørn Riel sont édités chez Gaïa
Tout commentaire jugé diffamatoire ou insultant sera supprimé. Pour toute conversation privée merci de bien vouloir vous adressez directement à la personne concernée. |