Figure emblématique de l'indépendance de la Bretagne, Nominoë est sujet à certaines controverses. La raison première réside dans l'interprétation des sources qui sont par ailleurs peu nombreuses. La plus importante reste le cartulaire de Redon dont la première charte date de 801. Les chroniques, notamment celle de Nantes, restent aussi une source d'information non négligeable pour cette époque dont on doit avouer ne pas savoir grand chose.
Domination Carolingienne
C'est le comte Gui qui fit la conquête de la Bretagne en 799, intégrant cette dernière dans l'Empire. Seul le comté de Vannes est avec certitude gouverné par les carolingiens. D'après Marcel Planiol " le reste de la région serait resté à l'état de pays tributaire sans autres gouverneurs que ses chefs nationaux ". En 799 le pays n'était pas pour autant pacifié. Plusieurs révoltes eurent lieu dont la plus célèbre est celle du roi Morvan qui chassa les troupes de Louis le Débonnaire de la Bretagne. Ce dernier voulant instaurer une paix durable prit le parti de nommer un gouverneur originaire du pays, espérant par-là qu'il serait respecté par tous. Ce fut Nominoë, alors comte de Vannes, qui fut désigné. A partir de 826 Nominoë figure dans le cartulaire de Redon en tant que " Britanniam tenens, gubernans, possidens " ou " in Britannia magister, regnans, dominans ". Cinq chartes lui attribuent le titre de " missus imperatoris in Britanniam ".
Révolte de Nominoë
A la mort de Louis le Débonnaire, Nominoë se souleva. La Villemarqué, publie dans son Barzaz Breiz, le lyrique " tribut de Nominoë ". Cette Gwerz, raconte les évènements qui auraient été à l'origine de la rébellion. Lors du paiement d'un certain " tribut " par la Bretagne, le fils du porteur de l'impôt aurait eu la tête tranchée par le percepteur pour équilibrer la balance où n'y figurait pas le poids. La tragédie fut rapportée à Nominoë qui, feignant de venir payer le reste du tribut, décapita l'intendant. S'il est bien évident qu'on ne prétend pas à la réalité historique de cette tragédie, elle a le mérite d'être passée dans la tradition populaire.
Plus historique est en revanche la bataille de Ballon, près de Bain-sur-Oust, dans la région de Redon. Charles le Chauve y fut vaincu en 845 par l'efficace cavalerie bretonne. Plagniol affirme que cette " victoire décisive[...] fonda l'indépendance de la Bretagne ".
" Le Schisme breton "
Peu de temps après s'être imposé militairement, Nominoë s'attacha à remanier l'Eglise bretonne. Quatre évêques furent accusés de simonie et trois nouveaux diocèses furent établis. Un siège métropolitain fut institué à Dol, alors même que la Bretagne était soumise à celui de Tours. Les prélats successifs se conduisirent en véritables métropolitains et les autres évêques bretons suivirent leur autorité. Aucun d'entre eux ne se présenta aux synodes de Tours et l'archevêque de Dol procédait à la consécration de tout nouvel évêque breton. Les papes ne reconnurent jamais de manière expresse la métropole de Dol, mais ils attribuèrent une ou deux fois le pallium, vêtement porté par le pape et les archevêques. L'ambiguïté fut entretenue jusqu'à Innocent III qui supprima la métropole de Dol en 1199.
Le sacre de Nominoë
On imagine bien que cette crise venait en réalité servir les velléités d'indépendances de Nominoë qui souhaitait s'entourer d'évêques lui étant favorables. C'est à ce prix qu'il put se faire sacrer à Dol par les évêques de Bretagne. Cet événement est rapporté dans la chronique de Nantes : " Nomenoius Dolo monasterio suos congregans episcopos se in regem ungere fecit ". Le titre de roi ne lui fut pas cependant reconnu par Charles le Chauve, ce qui peut se comprendre. Il ne le fut pas davantage par le pape, lorsque saint Conwoïon, conseiller de Nominoë, se rendit à Rome pour régler l'affaire, que certains auteurs ont désigné comme étant le " schisme breton ". Léon IV autorisa seulement Nominoë à prendre le titre de duc et à porter le cercle d'or. Par ailleurs, à partir de son sacre, il n'est jamais qualifié de roi dans le cartulaire de Redon mais de " dux " ou " princeps in Britannia " ; ce qui fait dire à La Borderie lui-même, qu'il " ne croit pas que Nominoë ait pris le titre de roi ". A l'inverse, Erispoë, fils de Nominoë est mentionné dans le cartulaire en tant que " totius Britanniae regem ", et Salomon l'est de plus nombreuses fois encore. Toutefois il faut se garder d'interpréter la royauté avec nos conceptions modernes. L'empire Carolingien est, en effet, composé d'un ensemble de royaumes correspondant, plus ou moins, à des réalités ethniques. Dans ses doléances, adressées au pape par l'intermédiaire de Conwoïon, Nominoë faisait valoir que le titre de roi était une tradition en Bretagne. Il semble en effet que les épopées de chefs comme Gradlon en Cornouaille ou encore Morvan du bro Erec, aille en ce sens. Mais ces chefs exerçaient en réalité les mêmes fonctions que les Comtes. D'après la chronique de Nantes le pape ignorait que la Bretagne ait eut des rois. Nominoë n'attachait probablement pas lui-même d'importance au titre puisqu'il ne semble pas avoir insisté auprès du saint-siège. Ce qui est sûr c'est que Nominoë se considérait comme l'égale du roi de Francie Occidentalis, n'ayant plus aucun compte à lui rendre.
"Nominoë ou la royauté contestée", un article de Gwenole Bouëssel
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