C'est en 1560 que commencèrent les travaux de construction de Kerjean, qui est l'un des plus beaux spécimens que nous ayons en Bretagne du château à la française. Ces travaux, débutés par la chapelle et continués par les communs, durèrent assez longtemps. C'est ce qui explique la diversité des styles : le portique Henri III, les campaniles Henri IV et le corps du logis qui est presque Louis XIII. Le château de Kerjean appartenait à la famille Barbier, qui, bien que n'étant pas originaire de Léon, s'y était fixée, retenue par ses fonctions auprès des Rohan. C'est au XVème siècle qu'Yves Barbier, seigneur de Lesthoran, avait acquis ce domaine, dont le possesseur était tributaire du comte de Maillé, auquel il devait tous les ans, porter à titre d'hommage un oeuf placé sur un chariot traîné par quatre boeufs !
Kerjean n'était alors qu'un modeste manoir entouré de quelques bonnes terres. Yves Barbier eut de Marguerite de Kersulguen, sa femme, plusieurs enfants. Les deux aînés se nommaient Jean et Hamon. Hamon entra dans les ordres et devint chanoine de Léon, Nantes et Cornouaille, puis abbé commenditaire de Saint-Mathieu-Fin-de-Terre. "Il s'arrangea, dit Charles Le Goffic, pour accaparer les plus beaux bénéfices de Bretagne : il n'en laissait passer aucun qui fût supérieur à 300 livres." Il capitalisa tellement, comme on dirait de nos jours, que si l'on en croit l'abbé Manet, à son décès "le Pape se demanda si tous les abbés de Bretagne étaient morts le même jour."
Hamon Barbier n'avait qu'un but en thésaurisant de la sorte : mettre son neveu Louis Barbier, fils de Jean, dont la tutelle lui avait été confiée, à même de construire un "château aussi vaste que magnifique".
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