René Barbier s'était trouvé dans l'obligation de se rendre à la Cour pour présenter ses hommages à la Reine Régente. Redoutant, pour sa femme Françoise, les longueurs du voyage, tous deux avaient, d'un commun accord, décidé que René s'en irait seul à Paris. Au Louvre, le seigneur breton fut reçu avec tous les honneurs dûs à son rang ; mais quand il vit dans quel milieu il se trouvait, parmi les aventuriers italiens et les cadets de Gascogne, il se réjouit fort de ne pas avoir exposé sa douce et fidèle Françoise à subir les libertés et les licences qui régnaient alors à la Cour de France. Cependant, l'orgueileuse Catherine ayant appris que René était marié lui demanda pourquoi sa femme ne l'accompagnait pas. Etait-elle laide, difforme, ou craignait-il qu'elle ne lui fût enlevée ?
Piqué au vif, René déclara que Françoise ne le cédait pas en beauté aux plus jolies femmes de Paris et que sa vertu était à l'abri de toute entreprise.
Les muguets et les fanfarons éclatèrent de rire devant l'affirmation de René. S'il avait autant de confiance dans la fidélité de sa femme, c'est, pensaient-ils, que celle-ci n'avait pas besoin de beaucoup se défendre contre les galants ou qu'elle était bien gardée par des verrous solidement tirés. Parmi le groupe des rieurs, se trouvaient quatre gentilhommes, connus de tout Paris pour l'audace souvent couronnée de succès dont ils faisaient montre vis-à-vis des femmes. Ils se nommaient : Belz, Bruc, Saint-Phar et Bombelles. Tous quatre déclarèrent avec fatuité qu'ils se chargeaient, en moins d'un mois, de venir à bout de la vertu de Françoise.
- Je veux bien me prêter à l'expérience, leur répliqua René. Partez pour Kerjean, et, dans un mois, je vous y retrouverai. Nous verrons alors, Messieurs, si vous avez aussi bien réussi que vous l'espérez. Dans la mesure compatible avec ma dignité, je favoriserai même votre entreprise en donnant à chacun de vous une lettre qui lui assurera chez moi l'accueil que l'on réserve ordinairement à des amis.
Des paris s'engagèrent aussitôt pour ou contre la fin heureuse de l'aventure... Belz paria son plus beau cheval, Bruc un diamant de grand prix, Saint-Phar tout le vin de sa récolte et Bombelles mille écus.
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