- Quand à moi, s'écria René Barbier, je suis prêt à mettre tout mon bien dans l'enjeu, tant je suis certain de ne point perdre. Les quatre jeunes gens prirent en choeur la route de Morlaix, mais, dans cette ville, ils décidèrent de se rendre séparément chez Françoise Barbier. Quelques jours après, Bombelles déléguait au Louvre un messager porteur d'un ruban bleu qui était celui dont Françoise se nouait les cheveux ; la semaine suivante, un autre courrier apportait, de la part de Saint-Phar, une épingle d'or, que René reconnaissait immédiatement pour être celle dont sa femme se servait pour attacher sa guimpe ; huit jours plus tard, Bruc envoyait à la Cour une boucle de cheveux de Françoise et, à la veille de la fin du mois, un sachet adressé par Belz arrivait, contenant l'alliance de la jeune femme où étaient gravés, à l'intérieur, les chiffres enlacés des époux.
René avait accueilli les trois premiers envois sans sourciller, expliquant même leur venue par de plausibles raisons de confiance. Quand il vit la bague, il pâlit et trembla, non qu'il soupçonnât sa femme, mais parce qu'il redoutait qu'elle ne fût morte.
Cependant, tout le monde se demandait qu'étaient devenus les quatre muguets et René, pensant bien qu'il ne connaîtrait la clef de l'énigme qu'en rentrant chez lui, obtint de la Reine, le mois écoulé, l'autorisation de regagner Kerjean.
La route de Paris à Bodilis lui parut à la fois bien longue et bien courte, car il se sentait le coeur en proie aux pires conjonctures. Enfin, il arriva au bas de l'avenue et, bientôt à la porte de son château. Il jeta les rênes de son cheval à l'un de ses hommes, gravit rapidement le perron, et gagna la grande salle du premier étage où Françoise, en l'attendant, comme chaque jour, tournait son rouet en récitant son chapelet.
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