De fait, les troupes de korrigans arrivaient de tous côtés, entourant Guilcher et sa femme comme les mouches de l'août entourent une goutte de miel ; mais ils s'écartèrent en apercevant la petite fourche à nettoyer la charrue que Bénéad tenaient à la main, et ils se mirent à chanter tous ensemble : Laissons-le, laissons-la, Fourche de charrue il a ; Laissons-la, laissons-le, La fourchette est avec eux. Lez-hi, lez-hon, Bàch' an arér zo gant hou ; Lez-hon, lez-h, Bàch' arér zo gant hi.
Guilcher comprit alors que le bâton qu'il tenait à la main était une défense magique contre les korrigans, et il passa au milieu d'eux avec sa moitié de ménage sans avoir rien à souffrir.
Ce fut un avertissement pour le pays. A partir de ce jour, tout le monde sortit le soir avec la petite fourche, et l'on put traverser, sans crainte, les bruyères et les vaux.
Mais Bénéad ne trouva pas que ce fût assez d'avoir rendu ce service aux bretons ; c'était un homme d'esprit curieux et subtil, et d'aussi joyeuse humeur qu'aucun bossu des quatre évêchés bretonnants. Car je ne vous ai point encore dit que Bénéad portait une bosse de naissance placée juste entre les deux épaules et dont il eût bien voulu se défaire au prix coûtant. Du reste, on le regardait comme un bon mercenaire, gagnant sa journée en conscience, et, aussi, comme un vrai chrétien.
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