"Stard ! Stard ! crièrent-ils, en entourant Guilcher ; tu es un chanteur d'esprit et un beau danseur ; répète, répète !" Le bossu répèta : Lundi, mardi, mercredi, Jeudi, vendredi, samedi. Di-lun, di-meurs, di-merc'her, Di-ziou, di-gwenerr, di-sadorn. tandis que les korils tournaient avec une joie folle. Enfin ils s'arrêtèrent, et, se pressant autour de Guilcher, ils dirent tous à la fois : - Que veux-tu ? Que désires-tu ? Richesse ou beauté ? Fais un souhait, et nous te donnerons ce que tu as voulu. - Parlez-vous sérieusement ? demanda le journalier. - Que nous soyons condamnés à ramasser grain à grain tout le mil de l'évêché, si nous te trompons, répondirent-ils. - Et bien, reprit Guilcher, puisque vous voulez me faire un cadeau et que vous m'en laissez le choix, je ne vous demande qu'une chose, c'est d'enlever ce que j'ai là, entre les deux épaules, et de me rendre aussi droit que le bâton de la bannière de Loqueltas. - Bien, bien, répliquèrent les Korils, sois tranquille ; viens ici !... Et, saisissant Guilcher, ils le firent pirouetter dans l'air, ils le lancèrent de l'un à l'autre, comme une pelote de laine, jusqu'à ce qu'il eût achevé le tour du cercle. Alors il retomba sur ses pieds, étourdi, étouffé, mais sans bosse ! Bénéad était rajeuni, agrandi, embelli ! à moins d'être sa mère, c'était à ne plus le reconnaître.

Vous devinez quel étonnement quand il réapparut à Loqueltas ! On ne pouvait croire que ce fût Guilcher ; sa femme elle-même ne savait trop si elle devait le recevoir. Pour se faire reconnaître, il fallut que l'ancien bossu lui dît, au juste, combien elle avait de coiffes dans la crédence et qu'elle était la couleur de ses bas. Enfin, quand on fut assuré que c'était bien lui, chacun voulut savoir comment avait pu se faire un pareil changement ; mais Bénéad pensa que s'il l'avouait on le regarderait comme le compère des korrigans, et que, toutes les fois qu'il y aurait un boeuf égaré ou une chèvre disparue, on s'en prendrait à lui pour les retrouver. Aussi répondit-il à ceux qui l'interrogeaient que tout s'était fait à son insu pendant qu'il dormait sur la lande. Les mals tournés le crurent et allèrent, tous les jours, se coucher dans les bruyères, avec l'espoir de se réveiller plus droits ; mais d'autres comprirent qu'il y avait un secret dont Guilcher ne voulait rien dire.
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