Les Korils de Plaudren (page 8/11) - Légendes de Bretagne : Armor, Argoat, korrigans, Is, Azénor, Marimorgan... - An Arvorig, la Bretagne vue autrement

> Magazine > Culture > Légendes >

Les Korils de Plaudren (page 8/11)

Les Korils de Plaudren (page 8/11)


Les Korils de Plaudren (page 8/11)

- Attendez ! s'écrie le tailleur saisi d'une inspiration subite ; moi aussi je veux ajouter quelque chose à votre chanson. - Ajoute, ajoute, répondirent les korils. Et tous reprirent ensemble : Lundi, mardi, mercredi, Jeudi, vendredi, samedi. Di-lun, di-meurs, di-merc'her, Di-ziou, di-gwenerr, di-sadorn. Ils s'arrêtèrent, et Balibouzik ajouta seul, en bégayant : Et di... di... di... dimanche aussi. Les nains poussèrent une longue clameur. - Après ! crièrent-ils tous à la fois. - Di... dimanche aussi, répéta le tailleur. - Mais après... après. - Di... dimanche. - Après, après, après ! - Di... dimanche aussi ! Le cercle des Korils se rompit ; tous couraient comme furieux de ne pouvoir se faire comprendre. Le pauvre bègue, épouvanté, demeura la bouche ouverte, sans pouvoir rien dire. Enfin les flots de petites têtes noires s'apaisèrent un peu ; ils entourèrent Balibouzik, et mille voix crièrent en même temps : - Fais un souhait ! Fais un souhait !

   Perr reprit courage.

- Un sou... sou...hait, répéta-t-il ; Guilcher a choi...si entre richesse et beauté.

- Oui ; Guilcher a choisi beauté et laissé richesse.

- Et bien, moi, je choisi ce que Guil... Guilcher a laissé.

- Bien, bien ! crièrent les korils ; viens ici, tailleur.

   Perr, enchanté, s'approcha ; ils l'enlevèrent comme ils avaient enlevé Bénéad, le firent rebondir de main en main jusqu'au bout de la chaine, et, quand il retomba sur ses pieds, il avait entre les deux épaules ce que Guilcher avait laissé, c'est à dire une bosse.

   Le tailleur ne s'appelait plus Balibouzik tout court ; c'était maintenant Tortik-Balibouzik.

   Le pauvre déformé revint à Loqueltas, honteux comme un chien qui a eu la queue coupée. Dès qu'on apprit ce qu'il lui était arrivé, il n'y eut personne qui ne voulût le voir. Toutes les commères venaient, avec un vieux sabot dans la main, sous prétexte de demander du feu, et chacune criait " Jésus !" en voyant son dos devenu aussi rond que la margelle d'un puits. Perr enrageait sous sa bosse et jurait tout bas qu'il se vengerait de Guilcher ; car lui seul était la cause du malheur ; c'était le favori des korrigans et il leur avait, sans doute, demandé de faire cet affront à son créancier.

   Aussi, les huit jours promis une fois écoulés, Tortik-Balibouzik annonça à Bénéad que, s'il ne pouvait lui payer ses cinq écus, il allait avertir les hommes de justice de faire tout vendre chez lui. Bénéad eut beau le prier, le nouveau bossu ne voulut rien écouter et annonça que, dès le lendemain, il mettrait en foire ses meubles, ses outils et son pourceau.

retour | suite de l'article

retour



Soyez le premier à rédiger un commentaire sur cet article !

Tapez votre commentaire ci-dessous :

Votre pseudo :   

Tout commentaire jugé diffamatoire ou insultant sera supprimé. Pour toute conversation privée merci de bien vouloir vous adressez directement à la personne concernée.
Ajouté le 19/10/2001 à 21h17 Envoyer a un ami Imprimer
An Arvorig, ma Bretagne