La femme de Guilcher jeta les hauts cris, en répétant qu'ils étaient déshonorés dans la paroisse, qu'il ne leur restait plus qu'à prendre le bissac et le bâton blanc pour aller mendier aux portes ; que c'était bien la peine, à Bénéad, d'être devenu un homme droit et de belle prestance pour se laisser mettre la ceinture de paille, et mille autres choses sans raison, comme en disent les femmes affligées... et celles qui ne le sont pas. A toutes ces plaintes, Guilcher ne répondit rien, sinon qu'il fallait s'en remettre à la volonté de Dieu et de la Vierge ; mais son coeur était humilié jusqu'au fond. Il se repprochait maintenant de n'avoir point préféré richesse à beauté, quand on lui avait laissé le choix, et il eût voulu pouvoir reprendre sa bosse bien garnie d'écus d'or ou même d'argent. Après avoir cherché en vain un moyen de sortir d'embarras, il se décida donc à retourner au "Mottenn-Dervenn".
Les korils le reçurent avec des clameurs de joie, comme la première fois, et lui firent place dans leur ronde. Quoique Bénéad n'eût guère le coeur au plaisir, il ne voulut point attrister la danse et il se mit à sauter de toutes ses forces. Les nains ravis couraient comme les feuilles mortes que le vent fait tourbillonner en hiver. Tout en courant, ils répétaient le premier vers de leur chanson, leur compagnon répondait par le second, ils reprenaient le troisième, et, comme c'était le dernier, Guilcher était obligé de terminer l'air sans paroles, ce qui, au bout de quelque temps, lui parut ennuyeux.
- Si j'osais dire mon avis, mes petits seigneurs, dit-il aux korrigans ; votre chanson me fait le même effet que le chien du boucher, elle marche sur trois pattes.
- C'est la vérité ! C'est la vérité ! crièrent toutes les voix.
- Je crois, reprit Bénéad, qu'elle aurait meilleure façon si on lui ajoutait un quatrième pied.
- Ajoute, ajoute !" répétèrent les nains.
Et tous reprirent d'une voix perçante :
Lundi, mardi, mercredi,
Jeudi, vendredi, samedi.
Avec le dimanche aussi...
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