J'ai trouvé dans la solitude quand j'allais à Dublin, à chaque enregistrement, un plaisir simple : boire une bière tout seul, pouvoir regarder les gens sans être dévisagé. J'adore la simplicité, être autour d'une table avec un verre de vin, rigoler, faire la fête. Dans un bistrot, il y a des gens de toute sorte, c'est ce qui me plait. Cette convivialité passagère. Je suis heureux de me perdre dans la foule. Elle m'enrichit et en retour, elle donne plus de sens à ma solitude. La difficulté, c'est d'arriver de trouver un juste équilibre entre l'artiste qui trouve son réconfort et sa force dans la musique et l'homme qui affronte la scène et le public. Alors, il faut se débrouiller, c'est tout le problème...
Quand je considère ma carrière, j'avoue que cela me fait parfois sourire. Et je m'interroge : Ai-je réussi parce que j'ai su attendre ? Facile à dire, maintenant. Je reste cependant persuadé qu'à un moment sonné, sur ma route, j'ai rencontré les bonnes personnes, celles qui ont cru à mon talent... Puis il faut ajouter que j'ai travaillé dur, très dur et que je suis resté cohérent avec moi-même.
Lorsque je jouais, au fin fond de la Californie devant deux ou trois personnes, je me donnais autant de mal que devant cinquante mille personnes au Stade de France. Je me disais : "Ce n'est pas de leur faute s'ils ne sont que trois, c'est de la tienne."
J'aurais pu crever de solitude, il y a deux ans environ. Je m'étais enfermé sur moi-même. Je ne voulais pas écrire ce nouvel album que l'on me proposait. Aujourd'hui j'admets que cela aurait été une connerie ! Après " Les volets blancs ", je ne voulais plus chanter. Je voulais être un barde sans "mots". Rien que de l'instrumental. J'étais ambitieux. Je voulais que ma musique parle à l'univers. Plus de frontières, plus de drapeaux, plus de passeports... Sur la Bretagne, j'avais dit ce que j'avais à dire. Donc, je préparais un album qui n'était pas toutefois une suite des "volets blancs" mais qui était constitué de morceaux que j'avais dans les tiroirs. Des personnes qui aiment ma musique m'ont dit alors " Dan, tu peux faire tout ce que tu veux mais ne crois-tu pas que ce serait dommage de passer à côté de l'album où il y aurait ceci et cela... ". On a discuté. Au début, j'ai dit : " Foutez moi la paix ! ". Ils n'ont pas insisté...
Aujourd'hui, je pense qu'ils avaient raison. Si j'avais enregistré cet album instrumental, ma carrière se serait terminée sur une voie de garage... qui aurait pu, malgré tout, être assez confortable. J'aurais joué dans des concerts de jazz ou de blues... J'ai d'ailleurs eu toujours le sentiment de mettre du blues dans ma musique.
" Découvrez la discographie de Dan Ar Braz
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